Yacedjaz

La haine

et le petit-bourgeois


Au prolétaire Yacedjaz,

Mirage est sans doute un mystique dont le discours se perd dans les nuages. Il a par ailleurs un fâcheux penchant à traiter de con celui qui ne pense pas comme lui. Mais votre propre prose dépasse la sienne en ce qui concerne la haine.” Écrit par : j.michel | Jeudi, 04 juin 2009


Bonjour J. Michel.

Quant au mysticisme de “mirage”, je ne peux vous répondre n’éprouvant guère de curiosité pour la chose.

Par contre, je m’attarderais volontiers sur votre emploi du mot “haine” qui soutient vaguement votre expéditive sentence.

[V]otre propre prose dépasse la sienne [celle de “mirage”] en ce qui concerne la haine”, affirmez-vous.

Qu’est-ce que vous entendez par haine ?

Est-ce comme sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et/ou à se réjouir du mal qui lui arrive ?

J’éprouverais cette haine, selon vous, mais pour QUI ? QUI est-ce que je poursuivrais de cette haine présumée par vous ? Contre QUI je nourrirais cette haine ? Je serais animé, aveuglé de haine ; mon cœur serait dévoré par la haine. Mais vous oubliez de préciser. La haine de QUI ? Un fantôme, assurément.

Mais pire, encore ! Vous ne vous souciez point d’exposer précisément EN QUOI consiste ce mal que je voudrais, selon vous, infliger à ce fantôme — ou du moins dont je tirerais réjouissance à le voir accabler ce fantôme de mille tourments.

Vous importe-t-il d’éclairer la conscience de vos lecteurs ou plutôt de désigner à la vindicte de leurs sombres préjugés votre contradicteur ?

Mais peut-être utilisiez-vous le mot “haine” dans le sens d’une aversion profonde pour quelque chose ?

On ne saura pas, là non plus, pour QUOI j’aurais la haine, selon vous. Pour le vice, le mensonge, la bêtise comme le bourgeois a la haine de la gratuité et du désintéressement ?

Vous n’aidez pas beaucoup vos lecteurs à savoir ce qui pourrait bien m’inspirer cette profonde aversion, présumée par vous. Ainsi, il leur sera extrêmement difficile d’examiner si cette aversion profonde est “légitime” ou ne l’est point.

Est-il légitime d’éprouver une profonde aversion pour la torture, le viol d’enfant, la violence conjugale, le meurtre de masse, la persécution, l’oppression, l’exploitation et toutes les horreurs dont sont capables les hommes ?

Si certains s’en réjouissent, de ces horreurs humaines trop humaines, tel n’est pas mon cas. C’est ce que l’homme fait à l’homme qui m’importe de critiquer radicalement pour le transformer. Car, je n’en reste pas à l’aversion profonde pour le “mal”. Ni rire, ni pleurer, mais comprendre pour transformer.

Le courage, c’est de préciser de quoi l’on parle ; et d’expliciter clairement les raisons pour lesquelles on tient pour vrai ce que l’on en dit. C’est cela qui requiert du courage ; car être précis permet qu’autrui nous lisant puisse facilement démontrer que l’on s’est trompé, que l’on a tort.

Aurions-nous tort si nous affirmions que votre attitude relève de la pleutrerie petite-bourgeoise ?

Le meilleur pour la fin : vous oubliez de commencer par montrer l’existence de cette haine présumée par vous dans “ma prose”. Mais comment auriez-vous pu faire autrement ? Dans le vague, on ne peut que s’y noyer. Alors, chercher à comparer le vague avec le vague ! Cela ne vous conduit qu’à errer dans la vacuité la plus totale.

Ça fait beaucoup de spéculations hasardeuses, sans fondement, en une seule sentence. Ne trouvez-vous pas que l’excès de bêtise ne tue pas la bêtise ?

Toutefois, quand vous aurez décidé d’en finir avec cette pensée magique où vous vous enfermez — celle qui croit qu’affirmer quelque chose permet de faire apparaître réelle celle-ci, aussitôt dite — vous m’en informerez.

Merci et bonne journée.

Yacedjaz, un prolétaire.


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