Yacedjaz

Sauvageons de tous les pays,

civilisez-vous !


Madame,

Le couperet de la guillotine vibre dans toutes les syllabes de votre sentence : ‘‘C’est tout. Et c’est un point final’’. Même si la force de votre conviction produit sur votre lectorat son effet : restons entre nous ! Éliminons l’intrus !, laisse-moi vous exprimer quelques doutes quant à cette ultime fuite à reculons.

Vous vous présentez comme le phare du dernier ilot civilisé perdu au milieu de la sauvagerie du net, distribuant vos lumières légères, poids double plume, sous les roucoulements de tambour d’amis indéfectibles. Cette histoire à dormir sans vous est, certes, amusante. Mais, pour sa mutation, un prolétaire se trouve contraint au déploiement de toutes les forces productives que recèle son intelligence, évitant ainsi de raisonner comme un tambour.

C’est pourquoi l’amour idolâtre ne parvient jamais à inoculer dans son cœur d’homme la moindre trace de tendresse servile. Cela dit, ne vous méprenez pas ! Il ne fait pas sien le slogan a-narco-capitaliste, ‘‘ni dieu ni maître’’, dont le destin funestement publicitaire fut prévu sans faille par la critique marxienne de l’Unique et sa propriété.

Si tout surconsommateur nietzschéen se trouve sans égal, et court plus vite que son ombre, c’est que son shampoing, il le vaut bien. Vous pensez bien, Madame, qu’un tel sur-propriétaire de lui-même se voit dans l’incapacité totale d’apprendre quoi que ce soit d’un chat sauvage. Notre Unique s’étant auto-engendré à même la stèle, nulle vérité ne s’imposera à ses oreilles.

Le principe prolétarien sera donc : ni maître ni esclave. Je refuse d’être sous le joug d’un maître et conjointement d’asservir qui que soit. Ce principe a l’avantage de permettre qu’on reconnaisse sa dette à autrui qui vous enseigne, et de ne pas sombrer ni dans la dépendance idolâtre ni par le désir corrupteur de devenir idole.

Par conséquent, on se poursuit, on devient un passage entre un passé et un avenir. On a été enseigné des générations antérieures et on enseigne les générations à venir. Notre histoire a un sens. Il y a une vie après notre mort, celle de ceux qui vont venir continuer la lutte, comme il y eut une vie avant notre naissance. Alors que le surconsommateur des masses capitalistes, une fois que son ombre l’aura rattrapé, que la consommation de l’ennui et l’ennui du gavage l’auront figé nihiliste devant le vide de sa propriété, il sera vraiment mort… mort de stérilité artificiellement produite par la domination bourgeoise… mort à crédit.

Permettez donc, Madame, que je me pose en profond désaccord avec votre égoïsme. Méfiez-vous de vos amis, mes ennemis je m’en charge. Par peur de perdre votre amitié, ils vous laisseront errer dans le mensonge. À leur place j’aurais eu le courage de vous dire :

La clôture de ce blog fut déjà empêchée une première fois. Je m’abstiendrai donc de rabâcher ; car les riches interventions, qui s’y sont déposées depuis, suffisent à confirmer le choix de poursuivre le partage intellectuel. Si, toutefois, ce sont des contraintes d’ordre vital qui conduisent à prendre cette décision, on ne saurait s’y opposer. Par contre, je vous conseillerais de considérer avec recul votre choix, de différer le moment d’entériner votre décision dans l’éventualité où son motif réel serait de panser la blessure narcissique rouverte à la suite des commentaires prolétariens. Je pense ce conseil fondé, dans la mesure où, me semble-t-il, on n’en guérit qu’en se confrontant à la réalité de l’altérité. Là où le mensonge est, la vérité doit advenir. Il est temps de tuer le maître absolu qui vous ronge. Alors, le dialogue sera, pour vous, possible.

Le travail du négatif se poursuivra, avec ou sans vous.

À la prochaine séance, ici ou ailleurs.

Yacedjaz, un prolétaire.


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